9 avril

 

 

 

 

FRAGILES PORCELAINES

 

 

 

La blancheur des seins est une blancheur de lait, émouvante… Leur rondeur délicate ne laisse pas de m’étonner. A 41 ans, ils tiennent leur équerre, sans plissure aucune : « Des seins d’adolescente » concéda, un matin, un homme qui les aimait bien.

 

Et TOI, qui les touchas en premier alors que nos bouches étaient encore interdites : « C’est quelque chose que la main d’un homme sur le sein d’une femme… » - Oui… Et même la première chose : la première altérité matérielle, le premier volume palpé. Les doigts y apprennent leur dextérité, le toucher y affûte ses gammes. A pleine main, l’enfant tète et l’adulte malaxe !

 

Tu pinces, Mon Amour, et suçotes avec cette nostalgie-là. Mais la force du mâle tourne parfois à la brute : tu tires à pleine bouche et aspires comme on vide grossièrement sa chopine à la fête de la bière ! Mon sein-porcelaine [tu l’as dit en entendant mon cri] demande les manières délicates des salons gourmands d’Angelina.

 

Cet instinct par lequel j’ai toujours défendu mes seins, tout en les offrant avec ravissement, a trouvé sa validité médicale, ce mardi, entre les deux plexiglas qui / comme jamais / ont écrasé ces glandes mammaires pour signifier leur verdict :

 

6 kystes en tout !

Pour de si petits seins, quel excès !

C’est autant que d’hommes aimés et qui m’ont fait pleurer…

 

[De là à y voir un rapport, mon cher Watson ?!]

 

Ces seins à l’extérieur si lisses, si parfaits, portent la mémoire de mes peines : ces humeurs acides qui traversaient les chairs de ma poitrine, comme une fluxion, irradiant leurs brûlures par les canules des vaisseaux.

 

A chaque mot injuste,

A chaque inattention,

Au trop d’absences…

 

Tous ces pleurs, ces boules au cœur, ces « cœurs gros », se sont enkystés dans l’intimité de mes chairs, mais avec retenue et discrétion…

 

 

IMAGINES-TU 

Un sein balafré ?

Comme une rature sur la matité éclatante du papier,

L’horreur d’un quai bétonné le long de la lagune intacte !

 

 

RIEN de la sorte ne m’a été dit.

Si ce n’est que j’ai une nature de seins qui, parce qu’ils grossissent et diminuent (telle la lune) sont propices aux nodules et, donc, à surveiller…

 

 

AMAZONES, vous qui, selon la légende, atrophiez exprès, vos mamelons pour mieux vaincre vos ennemis de vos arcs vengeurs…

Je finirai, peut-être - combattante malgré moi des caprices masculins - par rejoindre vos rangs !

 

 

JE REVOIS TES YEUX

qui dévoraient mon pull, tant mes seins le galbaient en pigeonnier.

MAGIE DES FORMES,

Puisses-tu nous garder encore longtemps dans la symétrie de cet appétit !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

sY l V I E S