Le 5 juillet

 

CLITORIDIEN ET VAGINAL

 

 

Pendant que je massais ta hanche accidentée, tu m’as demandé du haut de tes 51 ans - éternel adolescent - la différence entre l’orgasme clitoridien et vaginal !

J’ai répondu lapidairement : « C’est totalement différent »… Mais n’ayant jamais su faire deux choses à la fois, j’ai différé l’exposé : mes mains cherchaient à assouplir tes ligaments. Cette intelligence tactile, toute intuitive en moi, ne souffre aucun détournement d’attention - et requiert tout mon souffle. Je répondrai ici.

Tu liras peut-être ces pages dans 30 ans, décati et mélomane, et d’autres femmes auront précisé à ton oreille ce « mystère » féminin…

 

D’ailleurs toute réponse en ces matières dépend de l’histoire de la locutrice car clitoris et vagin se découvrent, s’apprennent et s’enrichissent au hasard des amours et des « expertises »…

A l’âge qui est le mien, compte tenu de mon passé, voici où j’en suis :

 

 

LA BOULE DU CAPRICE

 

L’orgasme clitoridien est la convulsion de l’abandon. Comme dans les grandes marées, le flux monte par lentes poussées et soudain, c’est « la renverse » : ce moment où l’énergie s’inverse comme on retourne un gant. C’est aussi la digue qui rompt et inonde la plaine alentour. L’abandon est délice car le plaisir trépigne sauvagement, la vulve palpite sous la pression, et le corps entier - juste avant tendu dans l’effort pour appeler l’orgasme - se recroqueville alors comme un pantin désarticulé par le plaisir qui le domine. J’adore ce sentiment de dépossession. L’ordre du corps s’impose à l’intellectuelle que je suis et me ravit au sens aussi où je ne m’appartiens plus : je réagis aux doigts et lèvres de l’homme qui me manipule, il me maîtrise, je suis la marionnette, la poupée de nerf et de chiffon au sourire de marquise… Immense est la dette : ce plaisir envoûtant offert en délicatesse par l’Aimé vaut toutes les rivières de diamants, il est l’or et la quintessence du corps.

 

Quand la complicité s’installe, j’ai eu parfois des orgasmes visuels et colorés : des ciels étoilés, ou bleu azur, des rideaux de velours amarante, des champs mouvants de violettes hautes comme des blés ; des rochers qu’éclaboussent des sources vives irriguant les mousses vertes…

 

Un seul conseil, s’il fallait en donner un à ta fille : ne jamais simuler, car le galant y perd les authentiques repères. Tu sais tout cela et avec assurance, très vite, Tu m’as Trouvée.

 

 

LA CAVERNE DE CHAIR

 

L’exploration vaginale est chez moi, tellurique. Tes doigts ont réveillé dans mon tréfonds des plaques sismiques avec lesquelles j’aurais souhaité que tu joues plus longtemps ; je regretterai la vigueur de tes mains de pianiste, même si un autre avait déjà su découvrir ces dragons incarnés : une simple pression sur ces palissades magiques décharge, d’un coup, une rafale énergétique, presque une brûlure qui rugirait tel un fauve en cage : peut-être, est-ce cela que certains nomment « le Point G » ? Ma cartographie est encore incertaine !

 

Mais il y a d’autres manifestations : d’abord, le désir durcit et cambre mes parois intérieures comme si ma caverne s’apprêtait à chanter, comme si, bouche, elle préparait son cri…

 

Le bonheur pointe dès la sensation de pénétration, c’est l’humidité chaude de deux chairs qui se correspondent comme les symboles de reconnaissance qu’échangeaient les héritiers d’hôtes étrangers. Mâle/femelle c’est aussi le jargon de l’électricien : l’étincelle suppose la massivité du contact !

 

Remplie, enfournée, labourée,

J’aime être terrassée et terrasser moi-même.

« Ventre à terre »,

« Dos au mur »

disent cette impuissance de l’amour,

Feinte et Réversible.

 

D’un coup de hanche, ma cuisse et mon mollet rivés aux tiens, je te retourne comme une crêpe, Mon Ange, Toi et ta belle montagne de muscles à prothèse bionique ! Robocop est à ma merci…

 

 

Je suis une athlète du lit,

« la fille au ventre le plus plat » a de serviables abdominaux !

 

 

Je t’escalade… Mes hanches te couvent ; la courbe de mes danses ventrales réarme ta vigueur, Je remonte ton horloge pour que tu me saillisses à nouveau.

Je suis ta pouliche, ta louve, ta panthère aux griffes acérées car, quelles que soient tes craintes « domestiques », tu n’es pas homme à convoiter femme aux ongles rongés !

 

J’aime sentir à pleine main sur ma croupe l’emprise du mâle qui joue le balancier et accélère la cadence. Emboîtage de chair, tes deux mains me calent pour mieux nous sentir.

 

L’étreinte est une danse sauvage, peau contre peau, hantée par la moiteur du tunnel dans lequel il s’agit de s’enfoncer toujours plus loin, plus fort, au plus profond de la fente jusqu’aux crispations qui inversent et confondent les rôles ; crispation d’excitations presque douloureuses : Ton dard devient mien, il répond à mes propres coups de reins, je le tiens au plus intime de moi, je voudrais qu’il me perce, qu’il m’enfante. C’est à ce moment que j’ai envie d’hurler.

 

J’aime éperdument ces corps à corps, j’aime cette brutalité dans l’écrasement consenti qui complète si parfaitement l’étoile clitoridienne qui, elle, s’ébranle de loin, du bout des doigts ou des lèvres, dans une distance attentive, patiente, respectueuse des respirations et des rythmes.

 

 

Etoile palpitante et caverne enchantée :

Deux modes, deux mondes du plaisir féminin !