5 juin

 

 

 

« ONE MONTH »

 

 

 

C’est toi qui es revenu,

D’abord comme un hommage :

 

Au matin du 05 06, « One month » laconique, catégorique, assez efficace pour déclencher sans restriction mon aveu, «  you‘re still in my heart and my mind. » Soupçonnant la valeur des nuances, je précisais qu’il serait sans doute plus juste de dire « always » ; ta franchise s’exprima en français : « toi aussi » !

 

Ainsi le temps s’égraine en vain…

Ce mois n’avait pas suffit à effacer ma trace : Tu fus fidèle à cette date.

 

8 messages en une seule journée, passant de la douceur la plus profonde à la colère : j’avais « tout faux » dans ma lettre du 29 mai que tu découvrais seulement et tu précisais d’un ton rageur que tu n’avais envoyé qu’à moi seule ton OUI référendaire… Puis, de nouveau, ta tendresse presque douloureuse… Je m’endormis rayonnante, aimée et apaisée :

L’excès est ta nature. J’ai celle d’une danseuse : je me modèle à ton rythme… dangereux !

 

Il y eut un rendez-vous loupé, le 06 06, par un quiproquo linguistique : « Almost there », je compris «  Presque là » : j’attendais que tu arrives à l’instant… En vain !

J’ai imaginé ta déroute – comme un rituel : 

· comme sous tes palmiers de février, quand tu n’avouas pas notre rencontre à celle qui partageait tes vacances et te demandait pourquoi tu paraissais si absent…

· comme aussi le 05. 05. 05. malgré tes mots de la veille qui me recommandaient de ne pas « m’inquiéter », tu passerais entre 12 et 13h…

 

En juin, c’est le lendemain que tu débarquas, sans crier gare, dans mon antre de sorcière doctorante, au milieu des paperasses et journaux : j’avais passé la veille en conférence et le soir venu, tu m’avais demandé d’accompagner ton retour de Hollande de mots capables de distraire ta nuit : je craignais pour ta prudence mais je consentis au désir…

 

Ta voix de nouveau avait réveillé mes fluides.

J’écrivais la montée du plaisir et t’intimais l’ordre de « me » revenir Vivant.

Mais l’électronique fit obstruction, la batterie de ton téléphone rendit l’âme… Tu appris cette nuit-là, seul sur l’autoroute, ce qu’on perd à ne plus mémoriser aucun numéro, fut-ce celui de ta mère !…

 

Ce n’est qu’au matin (et sous une puce d’emprunt), que tu repris ma conquête…

Et j’étais prête à jouer, mais à ma manière de Princesse, Unique donc ! Je balayais d’un revers de gant la rue Thérèse : pour des gourmets de chairs, invités d’un banquet inédit, le lieu se devait d’être à la hauteur de l’exception !

 

Je t’invitais, au grand midi, entre les deux tours de Notre-DAME, dans ce lieu où l’histoire se mêle à la légende, là où Quasimodo prit à bras le corps Esméralda et la hissa sous les yeux de la foule avide et ingrate… Là aussi où le premier Drapeau Noir de l’anarchisme fût tendu, rompant avec des siècles de servitude politique et religieuse, des siècles d’escroquerie et de mensonge où plaisir rimait avec péché.

 

Quand tu compris les connotations de ce balcon magnifique, tu te dis « fier de moi », mais cette escapade en annonçait d’autres…  Et tu me sais maintenant fidèle dans l’art des séries… Est-ce pour cela que tu renonças ? Ou par crainte d’une éventuelle esclandre pour attentat à la pudeur sur la terrasse d’un lieu sacré ? …

 

Quoiqu’il en soit, c’est chez moi que tu t’invitas… Tu vins sans carrosse ni destrier… Sans fleurs ni chocolats… Rien que TOI, les mains nues au rendez-vous avorté… Parce que, sans doute, tu voulais en finir et que l’absence d’un mois n’avait pas suffit. Tu voulais tuer le fantasme en le réalisant…

 

Ce que nous avons appris cet après-midi, nous le pressentions déjà :

 

 L’Envie est réciproque,

 L’Entente intime,

Ton dard m’emplit parfaitement,

La fougue de ton rut épouse mes propres à-coups,

Nos lames de fond s’attendent, convergentes,

 Elles tamponnent à volonté dans la tempête du désir.

 

Nous avions peur pourtant…

Et nous nous le sommes avoués, comme des adolescents qui, la première fois, craignent de n’être pas à la hauteur du rêve.

A tant s’interdire la plénitude de l’étreinte, elle devenait périlleuse…

 

Nous savons désormais que l’écueil entre nous n’est pas physique… Ta promesse ailleurs, le décalage entre tes paternités morcelées - que tu veux exclusives - et, à terme, mon propre désir d’enfantement, bien des motifs graves nous séparent : pas l’ordre du corps, lieu de notre impétueuse proximité ;  je dirai presque « parenté ».

 

Par toutes les fentes et courbes de mon être, tu me corresponds, Toi qui soupçonnas un jour que je puisse être ton double en féminin !

- Je le pris comme un compliment, je tâcherai d’en être digne…