Dimanche 29 mai 2005

 

 

 

 

    C

    E

E M O T I O N  !

   A

   T

   I

  N

 

 

 

L’homme que j’aime encore surgit du néant après trois semaines de silence :

 

Un OUI gigantesque s’affiche en croix comme une cible sur l’écran de mon portable ;

Un OUI incontournable puisque lisible de tous cotés, même en transparence, à l’envers d’une vitre imaginaire : la glace est brisée !

Un OUI franc et lumineux, encadré de ses I en bougies qui cernent le O comme le mille des jeux de fléchettes…

Pas de ces petits « oui  » du bout des lèvres, hésitants… Non ! Un OUI décidé, volontaire, inventif et talentueux ! Oh combien réfléchi si on pense au temps consenti à sa mise en forme : un jeu patient qui tire parti de l’espace, la distance, la composition…

 

 

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Mon cœur bat la chamade… Tremblante, je peine à manier les touches de mon portable, je veux répondre pourtant, et au plus vite : saisir le contact ! J’imagine nos retrouvailles fusionnelles, animales, passionnées ; nos intelligences débridées par ces semaines d’absences qui transforment et renforcent…

 

Sur mon clavier, je pilote les lignes de ma réponse et, en plein milieu, pour être digne de Ton message, je demande « Où ? » sans même poser la question « Quand… » : Où nous retrouver ? Tout de suite ! Maintenant ! Puisque, fondamentalement, je n’attends que TOI, sous couvert de mes mille et une activités ; alors, pourquoi minauder et faire semblant ? !

 

J’aurais tout lâché sur l’instant, si tu t’étais enfin réveillé de ton sommeil lymphatique…

 

 

[Ce soir, je serai encore prête à le faire… Toujours sous le charme ! « Indécrottable » ! L’intensité de ma mémoire sensorielle, qui est sans doute une de mes forces dans l’expérience esthétique, est aussi l’un de mes plus gros handicaps dans le ballet  érotique…Tu n’y es pour rien, c’est la longue histoire de mon organisation synaptique.]

 

 

 

 

MAIS…

 

 

Je réalise soudain que ce OUI est un message qui a dû être envoyé automatiquement à tout ton carnet d’adresse, qu’il ne m’est en rien spécifiquement destiné, qu’il parle du référendum, que tu y exhibes ta conviction et espère par le poids de ta personnalité convaincre les indécis : dans le doute on suit souvent l’avis de ceux que l’on estime plus sagaces ou informés que soi… Tu es de ceux que l’on suit.

 

Tu as juste manqué de tact, ou peut-être n’est-ce pas toi, mais le média et l’époque : la maladresse de l’automatisme, la vulgarité de la massification de la communication…

J’étais sans doute la seule à laquelle il ne fallait pas que tu envoies ce « oui » ce matin… du moins pas sans préambule singulier… puisque Ton  « OUI » je l’avais trop charnellement espéré du temps que je me débattais pour ménager une ouverture dans la doublure où tu me confinas :

 

« Facile à vivre, disponible mais pas pliable ! J’ai mon propre volume… »

 

Le « oui » de ce matin s’est refermé sur moi comme les cartes à élastique des magiciens. Une claque ! Tu ne le voulais pas bien sûr, tu n’y pensais même pas, et c’est bien cela qui est blessant : avec le temps, Tu n’y penses plus… Tu n’aimes plus du tout ce que tu disais aimer « beaucoup » …

 

Heureusement, dans la nuit du 5 au 6 mai, j’ai fait un rêve qui me préserve de tout. Un personnage en blouse blanche me disait doctement : « N’oubliez pas de prendre tout cela avec la dose d’humour nécessaire. »

 

Ce soir, je t’offre ce rêve, pour qu’il panse, s’il se peut, ta colère politique.