28 décembre

 

 

TOMBEAU

 

 

 

 

Nous voilà devenus étrangers.

         Ce que tu disais ne pas vouloir,

              Ce que je refusais de croire

                   Nous est arrivé.

 

Ta voix s’est tue.

L’un et l’autre ailleurs désormais empressés,

Nous nous oublions.

 

J’ai attendu… J’ai guetté les occasions qui, en vain, t’ont offert des ponts.

J’ai hésité à te croire mort / accidenté ? Comment supporter sinon l’amertume de ton absence ?

Enfin, je me suis rendue, lâchement, à la raison :

Puisque je vis… puisque j’ai survécu… Pourquoi en serait-il autrement de toi ?

 

Tout semble pareil et tout est différent :

De tes rues, tes restaurants, je demeure interdite.

Je n’ose vérifier ce qu’y devient ton sourire.

Là, pour longtemps, tu m’as annulée.

 

Je n’écris pas à ton fantôme,

J’essaie de mettre en forme, pour finir en beauté, ces pages que tu m’as dictées.

Je boucle cette nuit, telle une fiancée, le trousseau de notre correspondance

- dix mois de rire, de fièvre et de fureur

Où, hésitant entre Compagne et Complice,

Tu m’égaras dans tes allées.

 

 

 

                    *

 

 

Nos cœurs ont horreur du vide.

Le tien était plein à satiété :

Je fus la bourrasque qui ébranle les parois

Et fait croire, un moment, pouvoir contenir la brise d’un air nouveau…

 

Je suis entrée dans ta maison,

Mes jupes ont valsé dans ton atelier,

Tu as pris goût à cette légèreté,

Mais le plein m’a chassée,

Et la porte de ta vie, malgré moi, s’est rétractée.

 

 

 

 

sylva, sylvae, Sylvie :

 

Racines et ronces, cimes et feuillage, écorces, humus, surgeons, boue et bourgeons,

Ombres et clairière, trou de lumière, terrier, collet, piège à loups…