21 octobre

 

FATIMA, TON AMIE, MA CONSCIENCE

 

 

Boule qui roule, franche et puissante, vive et prompte. Elle me parla de l’homme de sa vie et qu’il y a « plusieurs vies ».

Elle évoqua l’amour de ses enfants qui l’avait rendue invulnérable aux hommes.

« L’homme idéal n’existe pas, on le crée idéal », ce sont ses phrases gravées en ma mémoire.

 

Ne voulant pas m’abandonner à la FIAC en partant seule avec toi aux festivités de l’Alcazar où elle t’avait demandé de l’accompagner, elle risqua, pour moi, rue Mazarine, le désagrément d’être éconduite par le portier, puisque je n’étais pas listée parmi les invités…

 

Plus tard, quand tu désertais la fumée du mauvais concert, je ne pus à mon tour accepter de la laisser. Elle voulait danser : la mère épanouie à la poitrine immense souhaitait, en gamine, s’amuser. Sa gaieté était touchante. Ton épaule pourtant appelait ma caresse.

 

« On ne peut pas lui faire ça… » : c’était mon évidence !

Solidarité de femme à femme qui étonna en toi l’ami et le mâle.

 

Tu supposas qu’à l’inverse, un de mes bons copains te voyant ou me voyant prête à partir, nous eût tous deux libérés : la priorité du Coït scelle la masculine complicité…

Nous avons d’autres règles.

Peut-être d’ailleurs mûrissait-elle déjà la tirade que le lendemain, par téléphone, elle devait t’asséner…

 

Tu choisis sur mon lit une étrange mise en scène :

Incognito dans tes bras, placée là par toi volontairement en tiers, j’entendais sa sainte colère. Par torrent verbal, elle t’intimait de te détacher de moi, de ne plus me « bloquer » :

 

« 41 ans, sans mec, sans enfant ! »

 

Le phrasé des copines aux copains ne prend pas de gant.

C’est le choc lapidaire des synthèses lucides.

 

Ignorante de ta compagne, elle ne pouvait comprendre et pourtant sa clairvoyance instinctive avait tout senti. À travers toi, sa sagesse de femme me tendait la main pour le plus douloureux effort : au plus beau de notre histoire - quand tu m’avouais que je te suis chère et moi, que tu es ma chair - me déprogrammer, me désapproprier de toi.

 

Puisqu’il fallait nous défaire, alors il fallait l’accomplir sur le champ, au plus tendre, au plus fort, au plus intime de notre accord !

 

«… Pour ne pas ternir ce diamant qui nous fut donné… Brûler Notre cathédrale ».

 

 Ne rien, plus tard, avoir à regretter.

 

 

Je ne sais si le désir d’enfant en sous main décide de mes choix. Je crains comme chacun les mâchoires de l’irréversible mais, surtout, c’est d’aimer et d’être aimée que je respire. Serais-je toujours capable de vivre avec toi en apnée ?

 

Une heure plus tôt sur mon lit, je te parlais de la route du Tréport, de mon désir d’investir le don de mon grand père dans un studio sur le vieux port puisque, depuis trop longtemps, l’étendue marine me manque cruellement.

 

Tu eus ces mots étonnant d’impudeur : « Tu pourrais tout de même me demander mon avis ! » comme si l’achat et les week-ends avaient une chance de revêtir un projet commun…

 

Mais j’aime tes mots – même mensongers - je n’aurais jamais pu t’aimer si tu les avais censurés. Ce fut le sens de la première ligne que je t’envoyais après notre déjeuner chez Ramulaud… J’acceptais avec joie de te revoir si et seulement si tout était possible entre nous. Je ne pourrais jamais me résoudre à sabrer l’évocation de mes désirs. C’est d’ailleurs peut-être cette insatiable adolescence de l’amour qui, plus que tout le reste, me retient d’enfanter. La part de renoncement dans la maternité me fige.

Je pressens que tu me comprendras, toi qui avoues qu’un nouveau né te laisserait, désespéré.

Et pourtant, c’est, aujourd’hui, de TOI seul que j’aurais accepté d’être déformée.

 

Yves, l’Homme de ma presque maturité,

Digne successeur de celui qui m’aima jusqu’à épouser un corps asséché qui n’a cessé, sous lui, de se dérober.

 

Il a fallu douze ans pour que tu recueilles, malgré toi, ce qu’il avait tant cherché à me donner…

 

D’une couverture de livre à l’autre - La cuisine des fées évoquant le souvenir proustien d’une Cuisine retrouvée -, Tu tenais sous tes doigts, la dernière lettre de mon époux :

 

 

« Virevolte encore ma sylphide

Nos ici divorcés et maintenant décalés ont su filtrer la lumière

Qui chatouille déjà les entrailles de la voûte tant convoitée :

Merci pour ce voyage sur tes ailes dorées.

 

Et si l’évanouissement à ce jour me touchait,

 Mon dernier album emporterait tes écoulements aurifères.

Aime ma certitude absolue de guetter tes talons à travers le marbre

 Pour t’envelopper de mes limbes.

 

Enfin, j’ai soufflé tous les doutes

Pour savourer le hasard de mon passage

Dans le sucre capricieux de ta nécessité éternelle. »

 

 

 

 

 

 

 

Yves a reçu la source qui lui fut toujours refusée,

Et c’est d’Yves que ce soir je devais divorcer !

 

 

 

 

 

 

 

Ma vie est un roman, adolescente, je l’ai décidée.

Mais la femme ne veut plus, par peur de l’usure,

 en perdre les pages au fil des années.

J’aurais l’intelligence de t’aimer sans t’aimer, t’aimer sans attendre, et ailleurs tendrement,

sourire et reposer. Soyons l’un à l’autre imparfaitement ce que complètement nous sommes.

Ne laissons aucune convention, ni faiblesse de l’affectivité, nous gâcher.