20 septembre

 

 

 

 

 

RILKE

 EN LEVÉE DE RIDEAU

 

 

 

 

 

 

 

 

Trempée sous ma jupe…

Tes doigts alternent des lèvres à la vulve,

Tu les enfonces et je crains, telle une enfant

Que le maître sur l’estrade ne s’arrête de parler, nous fixe et nous gronde.

 

Peur aussi du regard éventuellement outré de ma voisine,

Et du souffle, derrière nous, si proche, de l’homme de l’autre rangée.

Peur enfin de gêner le comédien par ces effluves dissipatrices.

Le texte est celui d’un vieillard,

C’est une conversation au coin d’un feu à demi-mort

Que seul le rougeoiement du souvenir anime.

 

Pourtant, quel meilleur éloge du « rut créateur » que cette fascination qui nous rive.

Tes mains explorent mes jambes en expert marbrier,

Tes paumes s’en imprègnent comme l’aveugle palpe pour imaginer.

Silencieusement, j’accompagne tes mouvements d’une danse lascive de la cheville.

Mon genou se soulève et tu prends ma cuisse, ferme et lisse.

 

Je suis fière de ce corps, fière de te plaire.

Tu sais mes jambes se sculpter pour toi,

Elles viennent à ta rencontre,

Elles ont trouvé l’esthète qui les ravit.

 

Les froissements de ta chemise de soirée ont les accents
Des jupons de taffetas des courtisanes de théâtre.

Je voudrais une loge, flanquée d’un boudoir, pour offrir à Caligula

De jouir du spectacle poétique dans la beauté charnelle de mes caresses.