19 juin

 

 

 

MENSTRUE

 

 

 

J’aurais gardé l’enfant,

Si par miracle il était survenu.

Et j’aurais su lui dire qu’il n’était pas né de rien,

Qu’il avait été ardemment désiré,

Comme le fut son père :

Un Etre Magnifiquement Impossible,

Qu’il ne faut croiser que bien armé !

 

J’aurais préparé l’enfant à l’éventualité de la rencontre,

Et l’aurais ainsi paré pour toutes les batailles de la vie.

 

Je porte ce matin le double deuil de toi et de ce désir.

Le filet de sang rouge qui s’écoule entre mes cuisses,

En rassurant ta liberté, signe aussi ma vacuité.

 

Je suis la reine altière, solitaire en sa tour,

Dernière de sa race.

Les fleurs de mon balcon me narguent : elles, ont su germer.

Elles se sont offertes à l’insecte ou ont laissé errer leurs étamines au vent.

Il n’y a que moi d’éternelle endeuillée,

Inapte à la fertilité du corps,

Toujours dans le décalage et le fantasme,

Le dégoût ou la déroute…

 

Mourrai-je desséchée après avoir tant mouillé sous les ruts de mes puissants amours ?

 

Ce sang qui perle entre mes cuisses, mes entrailles le pleurent.

La matrice en vain a couvé le désir,

La belle mécanique de l’excitation

Qui régulièrement fabrique l’œuf

S’échine pour rien…

 

Je n’aime pas ceux qui veulent m’enfanter et désire à vide le Géniteur qui me fuit !

 

 

 

 

 

 

 

Quand elles marchent, solitaires,

les yeux creux des vieilles qui furent belles, me glacent.