19 mai

 

MÉMOIRE ET CARICATURE

 

 

Il faut bien que les choses commencent quelque part, mais où finissent-elles ?

Pour que tu me manques, il faut que l’essentiel de mon rapport à toi soit intact…

Bien sûr, ton sourire, par moment, s’efface.

Mais d’autres parties de toi se sont gravées avec plus de profondeur dans ma mémoire affective :

 

Ton torse d’abord : dans mon souvenir d’une rousseur joliment dorée, harmonieux dans le potelé de sa poitrine et la vallée douce et large qui conduit à ce coté de toi - quasi invisible - que tu disais robot mais où je sentais pourtant palpiter la chair sous l’engagement musclé de mes paumes…

 

Tes avant-bras de velours, assez puissants pour m’attirer et me porter à toi d’une franche prise : les avant-bras d’un motard à l’assise élégante, dominant la bête sans la brider…

 

Dans un flash persistant : ton épaule droite, un après-midi sur mon lit, dénudée par ton « petit marcel », et rendue incandescente par le contraste du bronzage avec la blancheur du coton.

 

La manucure délicate de tes doigts…

Et les tendresses humides de ta bouche, sur mes lèvres, ma hanche et mes joues.

 

 

Les sensations sont toujours vivaces
 et, avec elles, le désir sourd, embusqué.

 

 

Sans toi à l’horizon, ma vie a perdu en intensité…

Elle est plus sage sans doute - s’attacher à un homme attaché ailleurs : quelle folie ! 

J’envie toujours notre folie…

 

Ta vie est sans doute plus simple aussi…

 

Es-tu plus heureux ?

 

J’ai promis de ne plus appeler car j’entendais, ce matin-là, la douleur de ton déchirement.

 

Je reste cependant avec une sensation de gâchis… Non qu’il eût fallu que nous tâchions de devenir platement « amis » : s’il n’est qu’une certitude, c’est que je t’ai désiré et toi aussi !

 

(D’ailleurs, dans le face à face homme-femme, ce qui n’a pas d’intensité sensuelle, m’ennuie et ma parole se tarit…)

 

Si je mourrais demain, je voudrais être ce soir dans tes bras.

Jiminy Cricket de sa voix de crécelle persifle à mon oreille : « Eh bien tu mourras seule ! »

Qu’importe, il y aurait plus de densité à cela que de feindre le bonheur ailleurs,

 ou même la sérénité.

Mon deuil sera long : la pulsion d’écriture en témoigne…

 

Cette page, comme une ligne de vie sur un voilier, espère te voir s’y accrocher et que surgisse des profondeurs le noyé.

 

J’ai la vanité de penser que ta vie serait plus belle, plus riche, plus créative dans mes contrées :

 

Intuitive, Impulsive, Excessive, Acharnée

Orgueilleuse…

Maladivement timide en mondanités professionnelles, mais n’ayant peur de rien  - et encore moins du ridicule - dès que j’aime,

Telle je suis, inchangée…

Je rêve toujours comme cadeau d’anniversaire que tu entonnes un air de ta composition sur un piano, ou une guitare, même empruntée,

Telle est ma fidélité.

 

 

Mais tu n’es plus…

Alors, parfois, par instinct de survie, j’essaie des CARICATURES :

 

 

Toi et l’idolâtrie des marques ;

La futilité de tes photos de mode ;

Cette suractivité qui te ruine la santé et l’instinct de création.

 

Toi et les coups de foudre à répétition…

Ta ténacité à séduire, par de multiples attentions, un mois entier, la célibataire sans enfant qui détourna le regard du quinquagénaire au cheveu gris  (à la première seconde de notre premier rendez-vous, Chéri !) 

 

Toi et la rue Thérèse,

Cette part noire de ta sexualité que nous aurions pu rendre solaire dans l’intimité de mon lit.

 

 

ET TU RENAIS

Avec ton beau sourire d’Ange ;
Lecteur poète qui cite Rilke dans le texte et, généreusement, répand l’œuvre ;

Amateur de Godard ;

Archiviste méticuleux de perles dénichées à Berlin ou ailleurs…

 

 

Yves pour le meilleur !

Celui qui, peut-être, ne veut plus d’enfant parce qu’il ne supporte pas l’idée de pouvoir offrir maintenant ce qu’il refusa, autrefois, à Lou et Thibaut : la présence continue d’un père !