15 août

 

 

 

 

ASIATIQUE

 

 

Étrange beauté plastique,

« Aimantation » : c’est le nom de l’érotique au cœur de la réalité physique.

Hier, boulevard Saint-Michel, en croisant le visage fascinant d’une femme asiatique,

J’ai compris la puissance de l’attraction qui te rend à moi inaccessible.

 

Chaque visage - asiatique ou non – est sans doute un voyage pour celui qui y plonge.

Mais deux affiches du métro fonctionnaient jusque là, pour moi,

Comme paradigme de ta fascination pour ta compagne nippone…

 

D’abord la danseuse-étoile du Ballet de San Francisco :

 

Les yeux clos, son visage était fermé et comme absorbé par l’énergie intérieure qui, en danse classique, concentre l’intensité expressive dans le corps du danseur.

En équilibre sur sa pointe gauche, la jambe droite en grand écart vertical et les bras largement déployés, elle signifiait l’abandon dans une extension plus qu’humaine !

Je soupçonnais ce que devait produire, sur un occidental juif-arabe, le sourire d’une telle bouche - muette de désir.

 

La seconde affiche me disqualifiait encore davantage, et sans occasion de rattrapage :

 

L’idée commerciale était bête, mais le visage, trois fois répliqué, offrait sous tous les angles, Ses contours parfaits de fine porcelaine blanche.

Lisse et impavide, sans rides, rougeurs, ni défaut,

D’une beauté presque irréelle,

Elle évoquait pourtant une matérialité minérale et inaltérable :

Les roches polies des jardins zen.

Geisha aux cheveux noirs artistement sculptés,

Poupée des Seigneurs de la guerre…

Dont la face jalouse la pureté énigmatique de l’Ovale.

 

La femme d’hier était encore différente :

 

Ses sourcils, ses pommettes et son menton saillaient, fortement modelés, mais comme issus d’un moule inconnu d’ici… La couleur de sa peau donna sens à une expression que je n’avais jamais perçue dans sa résonance érotico-affective : « le péril jaune  » !

 

 

- Oui, c’est une autre planète.

Et ton regard d’esthète, viscéralement chevillé à ton corps de mâle, peut bien trouver là, depuis les premiers élans de sa jeunesse, une confirmation de son désir d’ailleurs.