15 juillet

 

TRAINS DE VIE ÉTRANGERS

 

 

Les trains nous éloignent sans nous croiser, ils ne furent ces derniers 10 jours que les rares occasions de nous dire que nous étions devenus, de fait, l’un à l’autre inaccessibles…

Toi à Nantes, moi à Bordeaux, après mon retour de Montpellier, le 5, retour précipité - que je voulais dans tes bras !

 

Tu ne sais, ou ne veut pas anticiper ton désir.

Il n’y a rien à te dire puisqu’il n’y a pas de liberté…

Mais je crains la loi de ton habitude : « Loin des yeux loin du cœur ! »

Cet adage - si contraire à ma faculté d’idéalisation - c’est ta bouche qui l’a énoncé au tout début de notre rencontre… (Etais-tu alors esseulé ?)

Pire : parce que notre relation s’est, de fait, distendue, il te serait sans doute très facile de la biffer, comme on se débarrasse du brouillon d’un projet avorté.

 

Je sens et je sais l’issue probable.

Je me tapis, j’attends la vague…

Elle me rapprochera de toi ou me balayeras !

 

Faute de mieux, je t’ai aimé dans l’écriture.

Ma relation à toi s’est ainsi enracinée.

Tu t’es contenté de recevoir ces lettres en forme d’hagiographie…

J’étais ta chroniqueuse personnelle, une coquetterie dont seuls les très riches, les Seigneurs de l’Existence, ont le privilège.

 

Mais le propre du riche est d’ignorer la valeur de son bien.

Ces lettres qui furent, et sont encore, si importantes pour moi, tu les as balayées d’un revers de main geignard : « Pour ton bien, je ne devais plus les envoyerPlus tard tu prendrais une semaine et les lirais » ! Que de promesses suspendues dans le vide … Et pourtant, propres à me subvertir encore…

 

De fait, cet après-midi, je t’écris, à défaut de t’appeler, une lettre que je n’enverrai pas, ni ce soir, ni demain, ni sans doute avant le 5 septembre - ton anniversaire - si je résiste à l’occasion du  jeudi 28 juillet…

Jeudi 28 J.

 

A quelques consonnes près, c’est le fantôme de ce midi où, fuyant le froid, de tables en tables, le hasard me plaçait en face de l’homme qui, depuis mon entrée dans ce restaurant bondé, n’avait cessé discrètement de s’enquérir de moi.

 

Jeudi 28 janvier : Notre rencontre !

Ton coup de foudre et ma complaisance…

 

N’ayant pas vu d’anneau à ta main et sentant la timidité qui t’envahissait dès les premiers mots échangés, je décidais de te faciliter la tâche : je conversais avec ton convive – mon inconnu voisin de droite - c’est à lui que j’offris spontanément ma carte de visite, en fin de repas ; les yeux gros de désir, tu osas alors un «  Je voudrais la même ! » Qu’il fut doux ce moment… 

 

Une fois de plus, j’acceptais de croire à la chance, je m’ouvrais à la rencontre, je prenais le risque du bonheur – qu’accompagne toujours celui de la souffrance…