15 octobre

 

 

 

 

LE CHOU DE CHAIR RÉVULSÉE

 

 

« Mon chou » : ce mot que je ne contrôle pas et qui surgit, instinctif, toujours et seulement quand un homme est entré dans mon intimité profonde, je te l’avais donné et tu en fus intrigué, toi qui manies le « Chérie » avec l’élégance des époux du siècle passé.

 

De mon potager associatif, j’ai voulu, cuisiner pour toi une boule de chair farcie, emmaillotée d’une blanche membrane de crépine. Je pensais à Rhéa, l’épouse du terrifiant Chronos qui refuse le jour à une génération nouvelle. Tu n’es pas l’Ogre paternel, dévoreur de ses rejetons qui accomplissent le temps. Mais j’aimais l’image de cette masse spongieuse langée de mes mains et patiemment humectée, deux heures durant, cet après-midi là, pour toi… Gageons que cette boule de chair dont je pris tant soin contribua au réveil gustatif de mes entrailles. Rien n’est innocent dans la cuisine du corps.

 

 

Je ne voulais, bien entendu, ne te contraindre à rien : j’avais disposé le tout pour qu’il soit proprement « emportable » ; le nomadisme de ton désir n’osant me faire espérer de le partager avec toi pour dîner.

 

Tu n’as pu l’ingérer : l’amertume de la culpabilité a révulsé tes viscères.

Ton corps traite en poison tout ce qui, venant de moi, s’apparente à la douce chaleur du foyer.

 

 

 

 NAUSÉE

 

 

Ton ventre expulse en diarrhée ton festin mondain quand tu t’apprêtes, aux Chandelles, à m’offrir en curée.

Mais ce même ventre, refuse le citron chaud qu’il me demande et par lequel ta gorge veut être apaisée… Comme si trop de mots contradictoires avaient été, par ta bouche, proférés.

 

 

Pourtant, Tu as redit les mots, tous, preuve de ta fidélité : qu’à la fois j’étais digne d’être ton épousée et que jamais cela ne sera puisqu’il en est une autre à laquelle tu t’es consacré.

 

Pendant que des stars liftées avouent la solitude de leur cœur, Toi, Seigneur d’amour béni des dieux, deux âmes féminines tutoient, au plus profond, ta complexe intimité.