13 septembre

 

 

 

 

LES MOUCHES DES CHANDELLES

 

 

Dans les grottes obscures, des hommes, comme des mouches agglutinés en essaim,

nous suivent et nous enserrent, sans respect des distances, sans avoir été choisis, ni invités,

au mépris de mes regards qui les annulent et ne voient que toi.

 

Alors que tes bras m’entourent et caressent mon dos, des mains lâches et molles palpent ma jupe à une hauteur si vulgaire, si caricaturalement attendue, que je me retourne, haineuse et censurante. Mais le gnome fait face, sûr de son droit, dans cet antre primitif où la femme est la proie : le bout de gras !

 

L’homme qui y pénètre accompagné - fut-il le plus grand et le plus beau des mâles – vient payer à la meute son tribut : je ne suis plus Ta Belle ; la pitance est commune… Tu jouirais d’en voir, sous tes yeux, laper quelques morceaux.

À défaut, moi dans tes bras, garante de tes propres ressources, tu apprécierais encore d’assister à la dévoration d’une autre. Ne serais-je qu’un en-cas ?

 

Dans la pénombre, qui ne protège de rien, on sent la médiocrité sexuelle qui se réjouit. En troupeau masculin, elle fait corps autour du couple qui se délite.

 

Qu’y a-t-il de pire : être seul, ou devoir regonfler l’ardeur du désir par des attouchements étrangers ?

 

 

Tu m’avais initiée à une autre densité :

Moi, Idole dévêtue sur l’autel, Toi, jamais débraillé, Nous remplissions à nous seul le vide du temple. Mystique et poétique, la cérémonie dont tu fus le chorégraphe avait trouvé un sacristain à la mesure de notre élégance.

 

J’ai cru hier, quand mes talons s’enfoncèrent dans le matelas doux de la cellule aux miroirs, toucher un nid pour t’y blottir et t’admirer. Mais les mouches attroupées dans ton dos, épiant nos intimes caresses, m’ont révulsée… Le propre malaise de tes viscères n’était-il pas le signe prémonitoire que cette heure n’était pas la nôtre ? Mais, peut-être, au mépris de ce bonheur qui pourrait être « nous », cherchais-tu délibérément le clash ?

 

Toi, l’« Homme de discernement », tu fus hier, une fois de plus, sourd à ton corps et aveugle à la beauté de mon désir…

À Minuit, je suis venue te retrouver : j’ai déshabillé d’un geste, dans la rue, la Princesse, pour laisser resplendir la noire panoplie, accessoire de la joute. J’ai aimé découvrir, ma main dans la tienne, les escaliers, les portes, les voiles blancs du restaurant aux lampes parées de pétales de roses.

 

 

J’oublierai le reste pour ne garder que le beau.

 

 

 

Toi, Immense, Seigneur, Voyant,

Collectionneur de raretés,

Mon roi fatigué…

 

 Sur le chemin du retour, les lanternes de la République éblouissaient tes yeux.

Mes doigts lissant ton front et ma main sur ta nuque, tu enlaças comme par mégarde, dans un geste naturel et doux, mon mollet de ta large paume. Ta tête, à cet instant, eût volontiers reposé sur ma joue.

 

 

Longtemps, je t’y attendrai toujours, Toi qui te dis ma victime

et que je n’ai jamais effleuré sans le plus profond amour