1 3 avril
 
Silence après la pluie

 

DES MOTS ET MERVEILLES

 

 

L’amour des humains se dore au soleil des promesses…

Mais les mots promettent au-delà de ce que le désir peut tenir - du moins les tiens !

 

L’amour produit des phrases de sucre et de miel, des tendresses verbales, des attentions éloquentes, des déclarations éclatantes, vaillantes et drues comme des sexes dardés.

Tes mots furent un hommage - dis-tu - à ma beauté, à celle du moment, à l’intensité présente. C’est une naïveté que de se prendre aux mots… Dans la « vraie vie », les phrases ne seraient que des paillasses déformables : on « s’assoit dessus » avant de les recouvrir pudiquement d’un voile d’amnésie.

 

Et pourquoi pas, en effet ? L’amnésie…  Les animaux se mordillent la nuque et se labourent les flancs sans un mot : l’évidence est dans la sueur, les odeurs, la chaleur, le râle, puis la torpeur de l’assoupissement.

 

Mais nous voulons le jeu subtil des mots coquins, crus ou charmants; nous nommons nos fugaces ardeurs, nous ordonnons des caresses précises. Le mot excite le cerveau comme un organe à part entière.

 

Dès lors, les mots ont barre sur nous, ils nous affectent : nous réjouissent ou nous blessent. Nous les attendons et les redoutons (car le mot heureux décuple le plaisir). C’en est fini de la simplicité animale - « notre Paradis Perdu… ».

Et toi aussi, Dom Juan - allergique aux attaches et engagements - tu apprécias cependant mes paroles qui rassuraient ton désir en profilant un avenir. Le propre des mots est de déborder le présent, de dire au-delà.

 

 

TOI : « Je pourrais rester ainsi dans tes bras trente heures »

MOI : « et pourquoi pas trente ans ? »

 

Imagine ton dépit si j’avais répondu :

«  J’ai autre chose à faire ! »

 

 

Commencer d’aimer, c’est s’exposer à souffrir dans la même proportion que l’on accueille l’embras(s)ement. Je n’aime jamais médiocrement. L’entaille chez moi est trop profonde pour ne pas espérer que les mots de l’aimé (prononcés peut-être seulement comme symptôme de l’excitation présente) échafaudent aussi l’avenir d’une tendre complicité,

 - Tes « modou » comme des talismans, des cataplasmes magiques qui suturent l’incise et l’empêchent de saigner… C’est maintenant trop demander à un homme si occupé !

 

Gageons qu’avec le silence, le flot de mes paroles, qui s’épanche à vide, finira par coaguler… Patience, mon cœur, cette histoire, avec le temps, se racontera au passé et les mots, toujours aussi trompeurs, exhumeront, dans la présence de la lecture, le fantôme de cet amour que ton mutisme malmène…

 

 

 

 sY l       V I E S