1er  septembre

ERREUR

 

En janvier, j’ai commis une erreur d’immaturité,

Une erreur sociologique et psychologique,

Une erreur fatale.

J’ai savonné moi-même la pente sur laquelle tu allais me pousser.

J’ai perdu la partie alors que je te tendais juste les cartes, sans avoir même commencé à jouer :

Tu ne connaissais pas mon corps, et j’en avais déjà trop parlé…

 

Manquant d’assurance et souhaitant que tu m’apprécies dans ma réalité, j’ai évoqué ce qui m’avait construite et transformée en cette femme à la sensibilité complexe à laquelle tu disais t’intéresser.

D’autres t’auraient raconté leurs réussites et échecs professionnels. Certaines, pour se décrire,  auraient cité les études de leurs enfants, ou la dynastie de leur famille…

 

Moi, je t’ai parlé de ce qui m’avait grandie et fait pleurer, de ce que j’avais appris en aimant à chaque fois de toutes mes forces, « de toute mon âme ». Je t’ai parlé de mes histoires d’amour comme autant d’œuvres d’art, toutes singulières, fortes et douloureuses… Comme tu m’as parlé, Toi : de la malheureuse perversité d’Annie ; de ton enfant mort-né avec Shirley ; du visage ensanglanté de celle qui allait devenir, un temps, ton épouse, après l’explosion de la rue Copernic ; et de la beauté parfaite de Corinne, au phrasé paradoxal de camionneuse.

 

Maladresse et naïveté : j’ai cru les hommes et les femmes EGAUX en amour !

Egaux dans le récit des espoirs, des illusions, et des douleurs lacérantes.

 

Non, mes filles, il faut vous taire et placer le masque de l’oie blanche sur le sexe de la femme que vous êtes devenues !

Intouchées, Vierges, Pudiques - du moins en parole - telles vous veulent les mêmes hommes qui apprécient, au clair des draps, vos caresses expertes et le bel abandon qui élargit vos fentes secrètes, variant leurs jeux !

 

À ceux qui diront qu’une vierge peut, elle aussi, aimer de tout son corps et découvrir, ravie, les voies où épanouir sa sensualité dans la tendresse de l’aimé… je n’ai rien à redire, je souhaite à tous les adolescents, garçons et filles, une aussi belle histoire.

 

Mais quand elle serait différente, plus difficile, plus hésitante. Faut-il ensuite la censurer ? Faut-il mentir ou oublier, et, hypocrite, quand l’émotion d’une belle ardeur réveille aussi le souvenir de quelque plaie intérieure, se taire… montrer un visage impassible… être de marbre ou ingrat envers ceux et celles qui nous ont menés là ?

 

 

Je ne voulais, de mon passé, que pointer quelques détails pour illustrer mon propos, mais le détail perd toute éloquence sans son contexte et j’aime les mots.

J’en ai trop dit :

C’est au détour d’une de ces phrases que tu pris mon stylo pour marquer, sur le set de table en papier du bistrot, la ligne qui te rendait inaccessible.

 

Ton symbole géométrique, vertigineux dans sa raideur, était la sanction de mes mots.

Qu’ils te reviennent, ce soir, comme un torrent douloureux de colère… comme un fléau !